mercredi 21 juin 2017

Hector Berlioz, Euphonia ou la ville musicale (1844 - 1852) (2)

Le compositeur Hector Berlioz a beaucoup écrit et parmi ses textes se trouve la nouvelle Euphonia ou la ville musicale, nouvelle de l'avenir recueillie dans Les Soirées de l'orchestre (1852) qui est une version plus courte de la première publication datant de 1844. ArchéoSF vous invite à lire la deuxième partie de cette nouvelle épistolaire se déroulant en 2344 !

Pour (re)lire la première partie, cliquez ICI

DEUXIÈME LETTRE.
Sicile, 8 juin 2344.
DU MÊME AU MÊME.
Quel martyre notre ministre m’a infligé ! Rester ainsi en Italie, retenu par ma parole, trop légèrement donnée, de n’en point sortir avant d’avoir engagé le nombre de chanteurs qui nous manquent, quand le moindre navire me transporterait à travers les airs aux lieux où est ma vie !... Mais pourquoi son silence ?... Je suis bien malheureux ! Et m’occuper de musique dans cet état de brûlant vertige, avec ce trouble de tous les sens, au milieu de cet orageux conflit de mille douleurs !... Il le faut cependant. O mon ami, le culte de l’art n’est un bonheur que pour les âmes sereines ; je le sens bien à l’indifférence et au dégoût que j’éprouve à l’égard des choses mêmes qui, pour moi, furent en d’autres temps des objets d’un si haut intérêt. N’importe ! Continuons ma tâche.
Sachant la mission dont je suis chargé et mes fonctions à Euphonia, les membres de l’Académie sicilienne m’ont écrit ce matin pour me demander des renseignements sur l’organisation de notre ville musicale ; ils ont beaucoup entendu parler d’elle, mais aucun d’eux cependant, malgré l’excessive facilité des voyages, n’a encore eu la curiosité de la visiter. Envoie-moi donc, par le prochain courrier, un exemplaire de notre charte, avec une description succincte de la cité conservatrice du grand art que nous adorons. J’irai lire l’une et l’autre à la docte assemblée ; je veux me donner le plaisir de voir de près l’étonnement de ces braves académiciens qui sont si loin de savoir ce qu’est la musique.
Je ne t’ai rien dit des concerts ni des festivals en Italie, par la raison que ces solennités y sont tout à fait inusitées ; elles n’exciteraient parmi les populations aucune sympathie, et leur exécution, en tout cas, ne pourrait différer beaucoup de celle que j’ai observée dans les théâtres. Quant à la musique religieuse, il n’y en a pas davantage, eu égard aux idées que nous avons et que nous réalisons si grandement sur l’application de toutes les ressources de l’art au service divin. Les derniers papes ayant prohibé dans les églises toute autre musique que celle des anciens maîtres de la chapelle Sixtine, tels que Palestrina et Allegri, ont, par cette grave décision, fait disparaître à tout jamais le scandale dont se plaignaient si amèrement, il y a quelques siècles, les écrivains dont l’opinion nous paraît avoir eu de la valeur. On ne joue plus, il est vrai, des concertos de violon pendant la messe, on n’y entend plus des cavatines chantées en voix de fausset par un homme entier, l’organiste n’exécute plus des fugues grotesques ni des ouvertures d’opéras bouffons ; mais il n’en faut pas moins regretter que cette expulsion, trop bien motivée, de tant de monstruosités choquantes et ridicules, ait entraîné celle des productions nobles et élevées de l’art. Ces œuvres de Palestrina ne sauraient être pour nous, ni pour quiconque possède la connaissance aujourd’hui vulgaire du vrai style sacré, des œuvres complètement musicales, ni absolument religieuses. Ce sont des tissus d’accords consonants dont la trame est quelquefois curieuse pour les yeux ou pour l’esprit, en considérant les difficultés dont l’auteur s’est amusé à trouver la solution, dont l’effet doux et calme sur l’oreille fait naître souvent une profonde rêverie ; mais ce n’est point là la musique complète, puisqu’elle ne demande rien à la mélodie, à l’expression, au rythme ni à l’instrumentation. Les savants siciliens seront fort surpris, j’imagine, d’apprendre avec quel soin il est défendu dans nos écoles de considérer ces puérilités de contre-point autrement que comme des exercices, de voir en elles un but au lieu d’un moyen de l’art, et, en les prenant ainsi au sérieux, de transformer les partitions en tables de logarithmes ou en échiquiers. En résumé cependant, s’il est regrettable qu’on ne puisse entendre dans les églises que des harmonies vocales calmes, au moins faut-il se féliciter de la destruction du style effronté, qui a été le résultat de cette décision. Entre deux maux, estimons-nous heureux de n’avoir que le moindre. Les papes, d’ailleurs, ont permis depuis longtemps aux femmes de chanter dans les temples, pensant que leur présence et leur participation au service religieux n’avaient rien que de naturel, et devaient paraître infiniment plus morales que le barbare usage de la castration, toléré et encouragé même par leurs prédécesseurs. Il a fallu des siècles pour découvrir cela ! Autrefois il était bien permis aux femmes de chanter pendant l’office divin, mais à la condition pour elles de chanter mal ; dès que leurs connaissances de l’art leur permettaient de chanter bien et de figurer en conséquence dans un chœur artistement organisé, défense était faite aux compositeurs de les y employer. Il semble, en lisant l’histoire, que dans certains moments notre art ait eu à subir l’influence despotique de l’idiotisme et de la folie.
Les chœurs des églises d’Italie sont en général peu nombreux ; ils se composent de vingt à trente voix au plus, aux jours des grandes solennités. Les choristes m’ont paru assez bien choisis ; ils chantent sans nuances, il est vrai, mais juste et avec ensemble ; et il faut évidemment les placer à part fort au-dessus des malheureux braillards des théâtres, dont je m’abstiens de te parler.
Adieu, je te quitte pour écrire encore à Mina ; serai-je plus heureux cette fois, et me répondra-t-elle enfin ?
Ton ami,
XILEF.

 A suivre !

mardi 20 juin 2017

ArchéoSF Présente les Futurs du Passé

Visuel réalisé par Roxane Lecomte pour la collection ArchéoSF

mercredi 14 juin 2017

Amiens à l'heure Steampunk ! Tous à la Steamhouse !

 Le 17 juin, Amiens se met à l'heure "steampunk"! 
Toutes les animations sont gratuites ainsi que l'accès à la Maison Jules Verne de 19h à 23h.
D'abord genre littéraire né dans les années 1980, le Steampunk est devenu un mouvement incontournable englobant dans son esthétique particulière la musique, la bande dessinée, les mangas, le cinéma, les jeux vidéo… Le Steampunk, c'est avant tout l'héritier de Jules Verne : l'écrivain se place avec H.G Wells dans les références majeures du genre depuis ses débuts. On retrouve en effet des éléments caractéristiques de l'œuvre de Jules Verne dans l'univers Steampunk : le contexte du XIXe siècle bien sûr, mais aussi les machines extraordinaires, les voyages, l'utilisation des sciences et l'esprit d'aventure !

Il était donc naturel que la Maison de Jules Verne l'accueille dans ses murs !

A l'occasion de cette soirée très spéciale, la Maison de Jules Verne devient Steamhouse, la Maison à vapeur, lieu de rencontre de tous les vaporistes d'ici et d'ailleurs … personnages et objets issus de l'univers Steampunk ont trouvé leur place chez Jules Verne !


Animations de la journée:

Programme pour la Médiathèque d'Amiens (Bibliothèque Louis Aragon, rue de la République), entrée gratuite

14h-15h30 : atelier de création Steampunk avec Henri Michaels

15h30-16h30: table ronde co-animée avec Anaïs et Romain sur la culture Steampunk en présence d'Henri Michaels, Julien Hirts, Arthur Morgan (co-auteur du Guide Steampunk), Philippe Ethuin (directeur de la collection ArchéoSF, anthologiste de Le Passé à vapeur, anthologie proto-steampunk)

16h30-17h30 : séance de dédicaces avec les auteurs

19h00 : Ouverture de la Steamhouse !

Maison Jules Verne, rue Charles Dubois, Amiens, entrée gratuite 19h00-23h00 (attention, dernière entrée à 22h30)

Séances photos avec la Guilde Dòl Hròkr dans la cabine du navire (étage) avec prêt de costumes Steampunk
Session de "duels de thé" avec le Blackstorm dans la verrière (rez-de-chaussée)
Contes et lectures avec le Blackstorm
Stand de création Steampunk (bijoux) avec Olkenheim Craft
Déambulation des troupes Steampunk de la Guilde Dòl Hròkr avec le Blackstorm
Stands dédicaces avec Emilie Dumoulin (illustratrice) et Julien Hirt (auteur) de La Ville des mystères, Arthur Morgan (co-auteur du Guide du Steampunk) et Philippe Ethuin (collection ArchéoSF).

Expositions:
Oeuvres Steampunks avec Henri Michaels et Julien de Hurtez dans toute la Maison Jules Verne
Cabinet de curiosité du Blackstorm

jeudi 8 juin 2017

Henry Maret, Carnet d'un sauvage ou la critique de la vitesse (1910)

Dans son « Carnet d'un Sauvage », le député et homme politique Henry Maret fait la critique de la vitesse en se projetant dans le futur :

Carnet d'un sauvage

Dans un des manuels scolaires de l'an 2000, vous ne manquerez pas, si vous vivez encore, ce que je vous souhaite de tout mon cœur, de lire les lignes suivantes :

« En ce temps-là une nouvelle épidémie se répandit par le monde. On rappela la maladie de la vitesse. Tout d'un coup les hommes étaient saisis comme d'un vertige. On les voyait sans raison se dépêcher, se dépêcher. Les uns montaient dans de grosses machines, qu'ils avaient inventées pour les porter plus rapidement d'un point à un autre, où, d'ailleurs, les trois quarts du temps ils n'avaient que faire. Les autres, non contents de circuler sur la terre et les mers, et ayant remarqué que les hirondelles traversaient l'air avec une surprenante vélocité, s'étaient demandé pourquoi ils ne seraient pas aussi habiles que les hirondelles, et ils s'étaient mis à voler dans toutes les directions. »
« Jamais la rage de se casser les reins n'avait atteint de pareilles proportions, car tous les jours on enregistrait des morts tragiques. Les humains se culbutaient les uns sur les autres avec la conviction que ce n'était pas la peine d'avoir une vie, si ce n'était pour la perdre : et tandis que certains d'entre eux étudiaient pour la prolonger, le grand nombre ne cherchait qu'à la détruire. »
« Les ravages causés par cette singulière épidémie dépassèrent de beaucoup ceux de la peste noire et du choléra asiatique. Cette folie dura jusqu'à ce que, la population diminuant considérablement, quelques philosophes mirent au concours la question de savoir s'il était bien utile d'aller aussi vite pour arriver à la fin de son existence, et si cela constituait un véritable progrès. Ces philosophes commencèrent par être conspués, et l'on en mit plusieurs en croix pour leur apprendre à vivre. Après quoi on reconnut qu'ils ne parlaient point sans raison.
Et l'humanité guérit. »

Henry Maret (1837-1917), « Carnet d'un sauvage », in Le Journal n° 6583, 5 octobre 1910