dimanche 17 septembre 2017

Les Dimanches de l'abbé Béthléem 33, mars 1911

Depuis 2012, ArchéoSF explore Romans Revue revue de critique dirigée par le rigoriste Abbé Béthléem. Pour lire la présentation de la revue et de l'abbé Béthléem, cliquez ICI.

Au sommaire de ce nouveau Dimanche de l'abbé Béthléem, la collection Bibliothèque illustrée (éditions Félix Juven), du théâtre et du roman policier.


Dans la chronique consacrée aux Collections à bon marché, c'est Bibliothèque illustrée publiée chez Félix Juven qui est décortiquée selon les rigoristes critères de Romans Revue. Le premier paragraphe donne le ton:

La plupart des titres sont condamnés pour délit de "naturalisme" et les "inévitables romans policiers" ne sont guère appréciés:

La section "Les revues, journaux et magazines" traite de Paris-Journal. Si ce journal contient quelques textes conjecturaux (notamment la nouvelle "La Mort du mage" d'Eugène Thebault, 7 novembre 1908, rééditée dans Le Rocambole n° 7en 1999) , ce n'est nullement le thème de la chronique qui se révèle anti-socialiste, antisémite et anti-laïque. Léon Jules, l'auteur de l'article mentionne bien l'existence de contes dans Paris-Journal mais se contente d'une condamnation définitive sans citer de titres précis:

La rubrique théâtrale évoque L'Oiseau bleu de Maurice Maeterlinck en ces termes:



Au théâtre toujours, il est question de la pièce policière de Pierre Jeanniot La Fugue de Mme Caramon
Enfin Le Roi Soleil, pièce d'Arthur Bernède, est fortement déconseillée pour sa critique des jésuites.

"Les Romans du mois", chronique signée R. Varède ne contient aucune notice sur des romans conjecturaux mais nous donne une critique d'un roman d'aventures policières. Si les intrigues criminelles et judiciaires sont régulièrement la cible de l'équipe de Romans Revue, voici que celui signé D. Fradin ayant pour titre Un Secret est tenu pour acceptable. Evidemment il est publié aux éditions catholiques Bonne Presse:



Enfin, une information pouvant intéresser les amateurs d'histoire de la presse: Le Maréchal indique que le tirage d'Excelsior (qui a publié quelques textes conjecturaux), dirigé par Pierre Lafitte s'élève en moyenne à 154.234 exemplaires au mois de février 1911.

A suivre!



mardi 12 septembre 2017

Niap, En l'an 2000 (1945)

Jean Pain qui signait ses dessins NIAP a peu produit dans le domaine de la conjecture et de l'anticipation. Voici un des rares exemples de ses incursions dans ces domaines:



Niap, "En l'an 2000", in L'Air, n° 550, 25 février 1945.

dimanche 10 septembre 2017

Les Dimanches de l'abbé Béthléem 32, février 1911

Depuis 2012, ArchéoSF explore Romans Revue revue de critique dirigée par le rigoriste Abbé Béthléem. Pour lire la présentation de la revue et de l'abbé Béthléem, cliquez ICI.

Au sommaire de ce nouveau Dimanche de l'abbé Béthléem, la collection Romans-succès publiée par Albin Michel et les romans Le Rail du sauveur de Paul Adam et La Maison des hommes vivants de Claude Farrère.


Dans la chronique mensuelle consacrée aux collections à bon marché s'intéresse au
Roman-succès des éditions Albin Michel. On ne peut pas dire qu'elle soit en odeur de sainteté. Sont mentionnés les romans La Dernière aventure du prince Curaçao par Delphi Fabrice et Oscar Méténier (qui a connu une adaptation cinématographique en 1912) - le seul aspect conjectural est le caractère imaginaire du pays dont le prince est l'héritier, la Zélande, ce qui pourrait le rapprocher des pays ruritaniens - et La Femme volante d'Antonin Reschal qui comporte un aéroplane extrapolé (ce roman a été chroniqué par Marc Madouraud dans le Bulletin des Amateurs d'Anticipation Ancienne et de Littérature Fantastique n° 8 (octobre-novembre 1991).
La section sur les revues se penche sur La Revue des Deux-Mondes. Mais aucune mention d'un quelconque texte conjectural dans l'article.

Dans les "romans du mois" Le Rail du sauveur de Paul Adam est cité mais le chroniqueur n'a manifestement lu que le premier texte car ce volume contient aussi La Glèbe et Le Conte futur (qui sera prochainement publié sur ArchéoSF). En revanche La Maison des hommes vivants de Claude Farrère est largement décrit:





vendredi 8 septembre 2017

Camille Flammarion, "Dans les ruines de Paris" (1912)

Qu'arrivera-t-il quand des géologues du futur exploreront les ruines de Paris dans des milliers d'années? C'est cette question qui émerge dans l'esprit de Camille Flammarion alors qu'il visite une mine dans laquelle on a retrouvé de lointaines traces du passé...


En nous promenant dans ce gisement de houille, nous revenions au temps mystérieux de ces forêts. A la mine du Treuil, à Saint-Étienne, on a trouvé ces grands arbres pétrifiés sur place, avec des troncs de sigillaires debout et intacts. Des membres et des têtes d'animaux fossiles se présentent au milieu de cette résurrection. Ainsi, dans des milliers d'années, les géologues futurs fouillant le sol de Paris, qui alors aura été recouvert par la mer, puis découvert, trouveront, mêlé aux blocs de chênes et d'acacias du bois de Boulogne, le crâne de l'hôte illustre des invalides, gisant peut-être à côté du dernier roi inhumé à Saint-Denis, ou peut-être leurs deux mains osseuses réunies pour la première fois, ou encore leurs ossements mélangés avec ceux des momies conservées au musée Guimet et ailleurs.

Camille Flammarion, « Descente dans une mine de houille » (extrait),
 in Mémoires biographiques et philosophiques d'un astronome,
 Editions E. Flammarion, 1912.

A lire: Les Ruines de Paris (anthologie), collection ArchéoSF, éditions Publie.net

mardi 5 septembre 2017

Léon Bailby, Ce qu'on en dira (1907)

En 1907, le Languedoc viticole, victime d'une grave crise, se révolte. Le 19 juin, la troupe intervient et il y a des morts. Le site Hérodote décrit ces événements (voir ICI).
Le 22 juin 1907, dans L'Intransigeant, Léon Bailby se projette dans le futur, condamne l'attitude du gouvernement et de l'Assemblée et imagine ce que l'histoire retiendra de ce tragique épisode.




Ce qu'on en dira

Notes pour les manuels d'histoire de l’an 1950.

En juin 1907, le .ministère Clemenceau laissa grandir l’agitation viticole qui soulevait quatre départements du Midi.
Le gouvernement, qui pensait à autre chose, ne comprit rien tout d’abord à ce mouvement. Il voulut le favoriser. Les compagnies de chemins de fer reçurent l’ordre de transporter gratis les manifestants aux meetings organisés dans les grandes villes. Préfets et sous-préfets assistaient, par ordre, à ces réunions et pavoisaient les bâtiments publics.
Tout à coup, on décida, au ministère, que cette agitation était illégale et qu’il fallait la faire cesser à tout prix. Il était déjà trop tard. Les chefs des gueux (1), Marcellin Albert (2) et Ferroul, avaient décrété la grève de l’impôt. Ils organisaient une révolte pacifique, la révolte des bras croisés. Grâce à l’ascendant qu’ils avaient sur leurs fidèles, ils faisaient respecter l’ordre, et jamais, tant qu’ils restèrent à la tête de leurs troupes, la moindre violence ne se produisit.
M. Clemenceau trouva logique de faire arrêter Ferroul et Albert. Il mobilisa, dans ce but, plusieurs corps d’armée. Il mit les préfectures du Midi en état de siège. Et lui, qui avait pendant les précédentes grèves du Nord, défendu au moindre pantalon rouge de se montrer chez les grévistes, il dressa contre les viticulteurs tant de cuirassiers, de dragons et de fantassins, que les fusils, enfin, partirent tout seuls. Il y eut des morts et des blessés. Les chefs des gueux n’étant plus là pour prêcher le calme, l’agitation dégénéra en guerre civile…


Il reste un post-scriptum à ajouter à ces notes. On dira si la Chambre, révoltée par tant d’imprévoyance, a eu enfin le courage de jeter par terre ce gouvernement d’inconscients, ou bien si, égarée une fois de plus par de belles phrases, elle a osé maintenir au pouvoir l’incohérence d’un Clemenceau. C’est le secret de demain. Quoi qu’il arrive, la Chambre, qui a laissé faire, sera reconnue comme aussi coupable que le ministre qui a fait.

Léon Bailby, « Ce qu'on en dira », in L'Intransigeant, n° 9838, 22 juin 1907.

(1) La révolte des vignerons est appelée la « Révolte des gueux »

(2) sic : Marcelin Albert

dimanche 3 septembre 2017

Les Dimanches de l'abbé Béthléem 31, janvier 1911

Depuis 2012, ArchéoSF explore Romans Revue revue de critique dirigée par le rigoriste Abbé Béthléem. Pour lire la présentation de la revue et de l'abbé Béthléem, cliquez ICI.

Au sommaire de ce nouveau Dimanche de l'abbé Béthléem, la suite de la critique d'Idéal Bibliothèque, collection à bon marché éditée par Pierre Lafitte, 



La collection Idéal Bibliothèque a commencé à être critiquée par Romans Revue dans son numéro de décembre 1910 (lire la critique ICI). Les titres recensés (à défaut d'être encensés ;) ) par P. Bruno, qui signe l'article, sont les suivants:



Les Contes étranges d'Edgar Poë ne sont pas proscrits:



Nous ne retiendrons pas L'Etrange aventure de M. Hoopdriver ( roman plus connu sous le titre La Burlesque équipée du cycliste ) d'H.G. Wells qui n'est pas de l'anticipation ni du fantastique mais témoigne de la folie pour la "petite reine" (l'édition originale date de 1896).

La partie consacrée aux journaux et magazines traite du quotidien Le Temps et de la revue Nos Loisirs. Malheureusement aucune mention des fictions scientifiques publiées dans ces périodiques dans le recensement proposé par Robert Devannes.

Pas plus de trace de conjecture (ni même de fantastique!) dans les romans du mois (ce qui est bien rare)...

L'avis en fin de revue explique peut-être cette absence ;)




Pour finir cet avis définitif dans la section Consultations et Petit courrier !



A suivre !

jeudi 31 août 2017

Anonyme, La fin du monde (1894)

La fin du monde fait partie des grands thèmes de la science-fiction. C'est aussi une interrogation scientifique souvent soulevée par la presse. En 1894 The Herald propose un article évoquant les différentes fins du monde envisageables.
Le Journal du dimanche reprend cette information sous la forme d'une brève le 22 avril 1894.


VARIÉTÉS

La fin du monde

Voici, d'après le Herald, les six dernières hypothèses scientifiques sérieusement émises au sujet du détraquement final de notre globe terrestre :

1° La surface terrienne diminue de jour en jour, donc la race humaine est condamnée tôt ou tard à la noyade ;

2° La glace s'accumule graduellement au pôle Nord. Un jour viendra où la terre perdra son équilibre, fera une pirouette sur son axe, et la race humaine sera écrabouillee par le déplacement formidable des choses ;

3° La terre se rapproche insensiblement du soleil; l'homme est destiné à rôtir vivant ;

4° L'eau devient de plus en plus rare; l'humanité mourra de soif ;

5° A partir de l'an 3000, l'homme éprouvera une influence rétrograde ; les derniers spécimens humains rivaliseront, par les dimensions, avec les insectes et s'évanouiront mieroscopiquement dans l'infiniment petit ;

6° Le soleil tend à s'éteindre : l'humanité gèlera.

Il en est, comme on voit, pour tous les goûts ; à quelle sauce les infortunés descendants d'Adam préfèrent-ils être mangés ?

Anonyme, « La fin du monde »,
in Journal du dimanche : littérature, histoire, voyages, musique,

36ème année, n° 2630, 22 avril 1894.

samedi 26 août 2017

[Un été en uchronie] Imbert de Saint-Amand, Si Napoléon était mort en 1798?

Cet été, pour accompagner la publication de Une Autre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies (collection ArchéoSF, éditions publie.net), le site ArchéoSF propose des fragments uchroniques anciens. Pour retrouver tous les épisodes de cette série cliquez ICI. Pour ce dernier épisode, retour vers un personnage souvent utilisé dans les uchronies: Napoléon Bonaparte.

Le diplomate et historien français Arthur-Léon Imbert de Saint-Amand (1834-1900) publie en 1883 une biographie de Joséphine de Beauharnais, La Citoyenne Bonaparte. Il relate un épisode de l'histoire dans lequel le destin de Napoléon Bonaparte aurait pu basculer. Et si Bonaparte était mort en 1798 sur la route de Toulon avant de partir à la conquête de l'Egypte?
A lire: l'anthologie Les Autres vies de Napoléon Bonaparte. Uchronies & Histoires secrètes (sélectionnée pour le prix ActuSF de l'uchronie en 2016).


Le 3 mai 1798, Bonaparte et Joséphine, après avoir dîné, en petit comité, au Luxembourg, chez Barras, se rendirent au Théâtre-Français, où Talma jouait Macbeth, de Ducis. Le vainqueur d'Italie fut salué par les mêmes acclamations qu'aux premiers jours de son retour. A la fin du spectacle, il rentra chez lui et, à minuit, il se mit en route, emmenant dans sa voiture Joséphine, Eugène, Bourrienne, Duroc et Lavalette.Paris ignorait son départ et, le lendemain matin, quand tout le monde le croyait rue de la Victoire, il était déjà loin, sur la route du Midi. Voulant déjouer les espions anglais, qui ne savaient pas encore le but de l'expédition, il avait fait silencieusement ses préparatifs et n'avait pas même laissé Joséphine aller à Saint- Germain embrasser sa fille avant de partir.Joséphine ignorait pourtant quelle serait la durée de son absence, et Bonaparte ne lui avait pas dit s'il lui permettrait de le suivre dans l'expédition mystérieuse qu'il était sur le point d'entreprendre.Marmont a raconté un incident qui faillit être funeste aux voyageurs. Ils étaient arrivés à Aix-en-Provence, à l'entrée de la nuit, se rendant en toute hâte à Toulon. Voulant continuer leur chemin, mais sans traverser Marseille, où ils auraient été probablement retardés, ils prirent, par Roquevaire, une voie plus directe mais moins fréquentée ; les postillons n'y avaient point passé depuis quelques jours.Tout à coup la voiture, à une descente qu'elle parcourt rapidement, est arrêtée par un choc violent.Chacun se réveille en sursaut et se hâte de descendre de la berline, pour connaître la cause de l'accident.Une forte branche d'arbre, avançant sur la route, avait barré le chemin de la voiture. Or, à dix pas de là, au bas de la descente, un pont placé sur un torrent qu'il fallait traverser s'était écroulé la veille. Personne n'en savait rien, et la voiture allait infailliblement tomber dans l'abîme, quand la branche d'arbre la retint au bord du précipice :« Ne semble-t-il pas, ajoute Marmont, voir la main manifeste de la Providence ? N'est-il pas permis à Bonaparte de croire qu'elle veille sur lui ? Et sans cette branche d'arbre, si singulièrement placée et assez forte pour résister, que serait devenu le conquérant de l'Egypte, le conquérant de l'Europe, celui dont, pendant quinze ans, la puissance s'exerça sur la surface du monde ? »A quoi tiennent les destinées des mortels ? Devant la Providence, les plus grands hommes sont-ils autre chose que des pygmées ? Que la branche d'arbre eût été un peu moins résistante, c'en était fait de Napoléon : pas de bataille des Pyramides, pas de 18 brumaire, pas de Consulat, pas d'Empire, pas de sacre, pas d'Austerlitz, pas de Waterloo. Les anciens avaient-ils raison de dire que celui qui meurt jeune est aimé des dieux ? Et aurait-il été heureux pour Napoléon de mourir à vingt-neuf ans, avant ses plus grandes gloires, mais aussi avant ses malheurs ! Les hommes que l'on proclame indispensables ne vivent-ils pas trop longtemps pour eux-mêmes et pour leur patrie ? Si courte que soit la vie humaine, elle est encore trop longue pour eux.




Imbert de Saint-Amand, Les Femmes des Tuileries. La citoyenne Bonaparte, éditions A. Mame et fils, 1883, p. 239-241.

samedi 19 août 2017

[Un été en uchronie] Les Romains eussent-ils été vaincus par Alexandre le Grand?

Cet été, pour accompagner la publication de Une Autre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies (collection ArchéoSF, éditions publie.net), le site ArchéoSF propose des fragments uchroniques anciens. Pour retrouver tous les épisodes de cette série cliquez ICI.

En 1853 paraît l'Étude sur les oeuvres politiques de Paul Paruta d'Alfred Mézières (1826-1915). Un chapitre est intitulé « Les Romains eussent-ils été vaincus par Alexandre, s'il avait songé à les attaquer ? ». Alfred Mézières décrit le débat intellectuel mené par Paolo Paruta (dont Mézières francise le prénom) avec Tite-Live par delà les siècles. Paolo Paruta est un Vénitien né en 1540 et mort en 1598, historien, homme politique et diplomate il a écrit plusieurs ouvrages. Si pour Tite-Live la victoire romaine n'aurait pas fait de doute dans cette guerre imaginaire, Paruta est d'un avis contraire. Afin de ne pas alourdir la lecture, nous avons supprimé les notes de bas de page. Le texte complet est disponible sur Gallica. La « Digression sur Alexandre de Macédoine » de Tite-Live est recueillie dans UneAutre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies.





Les Romains eussent-ils été vaincus par Alexandre

s'il avait songé à les attaquer ?

Dans ses discours, Paruta se propose, sous forme de questions, un certain nombre d'hypothèses historiques qui exercent la sagacité de son esprit. Quoiqu'il y ait dans ces études une sorte de hors-d'œuvre, puisqu'il s'agit de faits qui ne sont point arrivés, elles donnent souvent lieu à des aperçus ingénieux et à des remarques nouvelles sur les grandes époques de l'histoire.

La plus intéressante de ces questions est celle qu'avait déjà soulevée Tite-Live, en se demandant ce qui serait arrivé si Alexandre avait attaqué les Romains. L'historien romain pense naturellement qu'Alexandre eût été vaincu. Paruta soutient avec beaucoup de force la thèse contraire ; il suit pied à pied le raisonnement de Tite-Live, le combat par des arguments décisifs et en démontre jusqu'à l'évidence le peu de solidité. Il est curieux de mettre en regard les opinions des deux écrivains.
Tite-Live, de parti pris, s'exagère l'importance et la force de la République au temps où vivait Alexandre. Il commence par comparer les généraux des deux côtés. Si Alexandre, dit-il, avait un génie militaire incontestable, il a eu le bonheur de mourir jeune ; sa fortune n'a pas eu le temps de changer; s'il avait vécu plus longtemps, peut-être eût-il enfin rencontré un vainqueur. Mais, en le prenant même dans le cours de ses prospérités, Rome n'eût elle pas eu à lui opposer dix généraux d'un talent égal au sien, un Valérius Corvinus, un Rutilius, un C. Sulpicius, un T. Manlius Torquatus, un Publius Philon, un Papirius Cursor et tant d'autres qui, non-seulement, ne le cédaient à Alexandre ni en audace ni en génie, mais qui avaient reçu de Camille et des généraux plus anciens, depuis les premiers temps de la République, d'admirables traditions militaires ?
Un des mérites d'Alexandre, c'était le courage personnel et la force du corps. Mais eût-il tenu tête, dans un combat singulier, à chacun de ces chefs qui avaient tué tant d'ennemis de leur main dans les rencontres les plus périlleuses ? Sans nommer même tous les généraux romains, le sénat , qu'un ennemi de Rome a appelé une assemblée de rois, eût-il été surpassé en sagesse et en génie par un seul homme ?
On dira peut-être qu'Alexandre connaissait mieux l'art de la guerre. Mais contre qui avait-il combattu ? En attaquant les Romains, il n'eût point eu affaire à ce Darius qui, traînant derrière lui une armée de femmes et d'eunuques, au milieu de la pourpre et de l'or, chargé de tout l'appareil de sa fortune, était venu au combat plutôt comme une riche victime que comme un ennemi, et s'était laissé vaincre sans que le sang eût été répandu, sans que son vainqueur eût eu d'autre mérite que d'avoir osé mépriser un vain attirail. L'aspect de l'Italie, des bois de l'Apulie, des montagnes de la Lucanie, lui eût paru bien différent de cette Inde qu'il avait traversée en se livrant à la débauche, avec une armée ivre et en désordre.
A ces arguments en faveur de Rome, Paruta en oppose d'autres beaucoup plus forts en faveur d'Alexandre. Qu'était-ce, dit-il, que la République romaine, au temps dont il s'agit ? Quelles conquêtes avait-elle faites ? Sans cesse en lutte avec ses voisins qui lui avaient longtemps résisté, elle n'avait encore soumis qu'une partie de l'Italie. Ces généraux, que Tite-Live compare à Alexandre qui a rempli le monde de sa renommée, c'est à peine si quelques-uns d'entre eux ont échappé à l'oubli ; et après tout, qu'avaient-ils fait ? Ils ne s'étaient battus qu'aux portes de Rome. Peut-on comparer les victoires remportées sur les Èques, les Samnites et les Toscans à celles d'Alexandre ? Leur gloire n'a eu pour théâtre qu'un coin de l'Italie. Qu'est-ce que ces expéditions contre des peuples voisins et dans un pays si peu étendu, à côté de la marche conquérante des Macédoniens à travers l'Asie ? Si ces États, qui entouraient Rome, lui ont opposé une si longue et vigoureuse résistance, si elle a été souvent obligée de créer un dictateur et de réunir toutes ses forces pour les soumettre, qu'eût-elle fait contre le vainqueur de tant de nations ?
Tite-Live essaye de rabaisser la gloire d'Alexandre ; il dit que les soldats de Darius étaient lâches et timides, mais il oublie qu'ils étaient trois cent mille, et que c'était le même peuple qui avait subjugué toute l'Asie. Les Romains , eux aussi, ont eu affaire aux Asiatiques : combien de temps ont-ils mis à les soumettre ? Ces pays qu'Alexandre a soumis en dix ans, il a fallu à Rome, au comble de sa prospérité, plus d'un siècle pour les conquérir. «Je ne vois pas, dit Saint-Évremond, qui, comme Paruta, combat l'opinion de Tite Live, que les peuples de l'Asie dussent être si mols et si lâches, eux qui ont toujours été formidables à l'Europe. Dans la plus grande puissance de la République, les Romains n'ont-ils pas été malheureux chez les Parthes qui n'avaient qu'une partie de l'empire de Darius ? » [extrait de « Jugements sur César et sur Alexandre]
Les généraux romains dont parle Tite-Live ont eu sans doute quelques qualités militaires ; mais quelle est celle qui manquait à Alexandre ? qui avait livré plus de batailles que lui ? qui avait montré plus d'ardeur à commencer une entreprise, plus de persévérance à l'exécuter et plus de confiance en sa fortune pour la mener à bonne fin ? Quel capitaine inspira jamais plus d'admiration et plus d'amour à ses soldats ? qui fut plus avide de gloire et de conquête ? Ces qualités, dont quelques-unes ont suffi à la réputation de plusieurs généraux, il les réunissait toutes en lui seul et au plus haut degré.
Peut-on dire que l'aspect de l'Italie eût effrayé Alexandre, lui qui avait pénétré si intrépidement dans les déserts de l 'Arabie et dans tant de pays inconnus où il courait risque de laisser son armée ? Lui eût-il été difficile de passer dans la Péninsule, à lui qui possédait la Grèce, et n'y eût-il pas trouvé des alliés contre Rome, comme Pyrrhus et Annibal ?
Tite-Live dit que les délibérations d'un corps composé de citoyens éminents, comme le sénat, devaient être bien supérieures aux conseils d'un seul homme comme Alexandre. Mais n'est-ce pas le contraire ? En temps de guerre, l'autorité d'un seul homme ne vaut-elle pas mieux que celle d'une assemblée ? Dans les périls pressants, les Romains ne créaient-ils pas eux-mêmes un dictateur ?
Pour relever la gloire des généraux romains, Tite-Live rappelle précisément ce qui devait les rendre inférieurs à Alexandre. Ils ont vaincu leurs ennemis, dit-il, malgré les obstacles de tout genre qui entravaient l'exercice de leur autorité. Combien de fois les tribuns du peuple ne se sont-ils pas opposés à l'enrôlement des citoyens ? Souvent les consuls partaient trop tard pour la guerre à cause de cette opposition ; souvent ils étaient forcés de revenir avant le temps à cause des comices. Au plus fort de leurs expéditions, il leur fallait céder le commandement parce que l'année était révolue. La témérité d'un collègue pouvait leur faire perdre la victoire. Que de fois ils avaient à réparer les fautes de leurs prédécesseurs et à conduire au combat des soldats sans expérience et sans discipline ! Alexandre, au contraire, avait sur ses troupes un pouvoir absolu que ni le temps, ni les circonstances, ni l'intervention d'aucun pouvoir étranger ne limitaient. Cette indépendance, comparée à l'autorité si bornée des généraux romains, ne lui donnait-elle pas sur eux un immense avantage ?
Si, d'autre part, on en vient, avec Tite-Live, à examiner les forces des deux puissances rivales, on ne lui accordera pas non plus que celles des Romains aient dû être plus considérables. Il énumère avec complaisance tous les peuples que Rome avait soumis et qui composaient ses armées, les Sabins, les Volsques, les Campaniens, une partie des Ombriens et des Étrusques, les Picentins, les Marses, les Apuliens et tant d'autres. Mais qu'étaient ces peuplades à côté des grands empires que les Macédoniens avaient conquis, et qui leur eussent fourni d'innombrables soldats ? Tite-Live triomphe de ce qu'Alexandre n'avait avec lui que trente mille hommes d'infanterie macédonienne et quatre mille cavaliers thessaliens. Mais si, confiant dans le courage et la tactique de ses vétérans, il ne voulut point d'autre armée, pour conquérir l'Asie, étaient-ce là toutes ses forces ? Ne forma-t-il pas, avec l'élite des Asiatiques qu'il avait vaincus, un corps de trente mille hommes auxquels il avait donné la même éducation militaire qu'aux Macédoniens, et n'eût-il pas pu en discipliner un plus grand nombre s'il avait voulu attaquer Rome ?
Pour montrer mieux encore combien était puissant l'empire d'Alexandre, Paruta eût pu raconter les guerres de ses successeurs, énumérer les armées qu'ils mirent sur pied, dans les différentes provinces, et donner le chiffre des combattants dans cette grande bataille où fut vaincu Antigone.
Le seul argument que Tite-Live fasse valoir avec quelque raison en faveur des Romains, c'est la supériorité de leurs armes et la belle ordonnance de leurs troupes. Leur bouclier était plus grand et protégeait mieux le corps que celui des Grecs ; leur javelot frappait des coups plus terribles que la lance macédonienne. La légion avait aussi, comme nous l'avons vu, sur la phalange, l'avantage de la mobilité et de la rapidité des mouvements.
Mais, comme eût pu le dire Paruta qui néglige cette objection, l'ordonnance des armées romaines, au temps où vivait Alexandre, était loin d'être arrivée à ce point de perfection où elle fut portée depuis. La phalange de Pyrrhus, bien inférieure à celle d'Alexandre, enfonça du premier choc les lignes de la légion. Quant à la cavalerie, il n'y a aucune comparaison à faire entre celle d'Alexandre et celle des Romains, qui fut battue par les Thessaliens de Pyrrhus, et qui ne tint jamais contre les Numides.
Les Grecs, d'ailleurs, entendaient l'art de la guerre beaucoup mieux que les Romains. C'est à l'école de Pyrrhus et d'Annibal que ceux-ci se formèrent, qu'ils apprirent à fortifier un camp, à construire des machines, à faire les travaux d'un siège. «Ils s'instruisirent, dit Saint-Évremond, par l'expérience de leurs défaites, par des réflexions sur leurs fautes et par l'observation de la conduite de l'ennemi.
Avant que la République fût devenue toute-puissante, remarque le même écrivain, ils n'ont pas laissé d'être battus autant de fois qu'ils ont fait la guerre contre des capitaines expérimentés. Dans la première guerre punique, Xantippe vainquit Régúlus en lui opposant la tactique et l'ordonnance des Grecs. Fabricius ne disait-il pas de Pyrrhus que les Épirotes n'avaient pas vaincu les Romains, mais que le consul avait été vaincu par le roi des Épirotes ? Si l 'on veut aller jusqu'à la seconde guerre punique, on trouvera que les avantages qu'eut Annibal sur les Romains venaient de la capacité de l'un et du peu de suffisance des autres ; et en effet, lorsqu'il voulait donner de la confiance à ses soldats, il ne leur disait jamais que les ennemis manquaient de courage ou de fermeté, car ils prouvaient le contraire assez souvent, mais il les assurait qu'ils avaient affaire à des gens peu entendus dans l'art de la guerre » [« Contre l’opinion de Tite-Live, sur la guerre imaginaire
qu’il fait faire à Alexandre, contre les Romains »].
Tite-Live ajoute que les Romains auraient eu sur Alexandre l'avantage d'être chez eux, et que l'armée macédonienne, arrivée en Italie, s'y serait consumée comme celle d'Annibal ; mais il ne tient pas compte de la différence des temps. Rome, à l'époque d'Alexandre, n'était pas ce qu'elle fut pendant la seconde guerre punique. Que de progrès elle fit dans l'intervalle ! La guerre de Pyrrhus et la première guerre punique avaient augmenté sa confiance en ses forces ; sa puissance et sa renommée s'étaient accrues ; en combattant ses deux grands ennemis, elle avait acquis de nouvelles notions dans l'art de la guerre. Elle ne se bornait plus à soumettre les petits peuples voisins, elle avait porté ses armes hors de l'Italie et humilié Carthage ; déjà elle se préparait à la conquête du monde.
Et cependant, à cette époque même, quoiqu'elle fût deux fois plus forte qu'au temps d'Alexandre, Annibal put traverser l'Italie dans toute sa longueur et, après avoir détruit trois armées romaines, s'y maintenir pendant seize ans. Ce qu'a fait Annibal, Alexandre ne l'eût-il pas fait, et avec un plus grand danger pour Rome, cent ans plus tôt ? Avait-il moins de génie ou moins de forces que le général carthaginois ? Si l'on compare l'un à l'autre , quelle différence dans les moyens dont il dispose ! Annibal, séparé de l'Italie par l'Espagne, par la Gaule et par les Alpes, n'y pénètre qu'après une marche prodigieuse, où il perd une partie de son armée, et, une fois qu'il a touché ce sol ennemi, éloigné de Carthage, qui ne lui envoie pas de secours, il lutte seul contre Rome, aux portes mêmes de Rome. Il commande à des mercenaires qu'aucun sentiment national n'intéresse à la cause de Carthage, et qu'il ne retient sous les drapeaux que par la discipline et l'espoir du pillage ; il n'a point, comme les Romains, des armées de réserve pour réparer ses pertes ; il n'en a qu'une de qui dépend le destin de la guerre ; il ne peut compter que sur lui-même et sur sa fortune. Ses concitoyens l'abandonnent ; il a des ennemis dans le Sénat de Carthage, et pendant qu'il combat pour le salut de sa patrie, on y parle de paix. Malgré tant d'obstacles, il n'est point chassé d'Italie ; il y reste en dépit des Romains et n'en sort que pour aller défendre l'Afrique attaquée par Scipion. Mais si Carthage eût soutenu son général, si la faction des Hannon eût eu plus de patriotisme que de haine contre les Barca, si seulement Asdrubal eût été plus habile ou plus heureux, Rome eût pu succomber dans la lutte.
C'est ce que n'eût point dû oublier Tite-Live quand il cite contre Alexandre l'exemple d'Annibal. Aucun des obstacles qui ont fait échouer celui-ci n'eût arrêté le roi de Macédoine. Voisin de l'Italie, il y eût abordé sans difficulté ; sa flotte, composée des marins de la Grèce, de l'Asie Mineure, de la Phénicie et de l'Égypte, eût tenu la mer libre et assuré ses communications avec son empire, d'où il eût tiré sans cesse des soldats et des vivres. Ses vétérans, si braves, si dévoués à leur chef, eussent combattu, non comme des mercenaires, pour le pillage, mais pour la patrie et pour la gloire. Enfin, tandis qu'Annibal n'avait d'autorité que sur son armée, il commandait en maître absolu au plus vaste empire du monde. Il n'avait point de secours à demander à un Sénat hostile ; il n'eût point attendu pendant seize ans des armées qui n'arrivaient pas ; en un mot, il n'y a pas de comparaison possible entre l'expédition que fit Annibal et celle qu'eût faite Alexandre. Celui-ci eût été plus fort et eût trouvé les Romains plus faibles que ne les trouva Annibal.
Paruta réfute par les meilleures raisons l'opinion de Tite-Live ; mais il se borne là. Comme il est Italien, naturellement un peu déclamateur, et qu'il ne se pique pas de critique littéraire, il ne remarque pas ce qu'il y a d'hypothétique et de déclamatoire dans les paroles de l'écrivain latin.
Celui-ci, en effet, ne s'exprime pas sur un sujet aussi délicat avec la mesure et l'impartialité qui conviennent à l'historien ; il soutient, de parti pris, une thèse en l'honneur de Rome ; il rabaisse Alexandre pour élever les Romains ; il accorde tout à ceux-ci et rien au roi de Macédoine ; en un mot, il exagère et il déclame au lieu de raisonner. Peut-il supposer réellement qu'Alexandre eût été effrayé, comme il le dit, par l'aspect sauvage de la Lucanie et de l'Apulie, lui qui avait conquis l'Égypte, pénétré dans l'Arabie, traversé les montagnes de l'Asie Mineure et poussé jusqu'aux bords de la mer Caspienne ? Est-là un argument sérieux ? L'est-il davantage de dire que, dans la guerre, les Macédoniens n'eussent eu qu'un Alexandre, tandis que les Romains en auraient eu plusieurs, comme si Parménion, Antigone, Lysimaque, Séleucus, Ptolémée, tant de généraux illustres qui servaient sous Alexandre et qui se firent entre eux de si terribles guerres, n'eussent pas tenu tête aux Valérius, aux Papirius, aux Manlius ? Est-ce de bonne foi qu'il appelle les guerres de ce grand capitaine des guerres de femmes ? Oublie-t-il la bataille de Chéronée, les guerres contre les Thraces, le siége de Tyr, le passage du Granique, si vivement disputé par Memnon de Rhodes, et les victoires remportées sur Porus ? De quel droit affirme t-il que les Macédoniens, vaincus dans une seule bataille, l'eussent été pour toujours ? Alexandre n'avait-il qu'une armée ? Ce conquérant de l'Asie eût-il été réduit à fuir par la perte d'une bataille, quand chacun de ses successeurs a pu lever dans ses États plus de soldats que n'en avaient alors les Romains ? Enfin n'est-ce point par un artifice oratoire que Tite-Live compare l'expédition qu'eussent faite les Macédoniens à la première guerre punique, et, celle-ci ayant duré vingt-quatre ans, remarque avec orgueil que la vie d'Alexandre n'y eût pas suffi, comme si la puissance de Carthage, qui n'avait pas même une armée nationale, pouvait être mise en parallèle avec celle d'un roi victorieux, maître de la Grèce et de l'Asie ?
Ces paradoxes politiques ne soutiennent même pas la discussion. Il faut dire, pour excuser Tite-Live, qu'il a voulu combattre une opinion répandue chez les Grecs, et qu'irrité de leurs prétentions en faveur d'Alexandre qu'ils plaçaient sans cesse au-dessus des Romains, il s'est plu, par orgueil national, à rabaisser leur héros, en glorifiant sa patrie. Un Romain, et surtout un historien de Rome, ne pouvait pas laisser contester la supériorité de la République. Les Grecs d'ailleurs n'y mettaient pas de ménagements ; ils se vengeaient de la perte de leur liberté, en dénigrant leurs vainqueurs. Ce n'était pas Alexandre seulement qu'ils admiraient aux dépens de Rome. Tous ceux qui résistaient aux maîtres du monde devenaient leurs favoris ; ils affectaient de parler des Parthes avec éloge, parce que ceux-ci avaient vaincu les Romains.
Cette guerre de mots et d'allusions, toute littéraire, blessait au vif les esprits lettrés de Rome. Tite-Live se fit l'interprète de ces colères ; il céda au besoin de répondre, une fois pour toutes, aux arguments des Grecs et de les réduire au silence ; mais peut-être par emportement, peut-être aussi parce qu'il n'était pas tout à fait convaincu de la bonté de sa cause, il sortit des bornes et dépassa le but. Ce qui n'eût dû être qu'une réfutation devint une représaille violente et injuste. En définitive, tout ce morceau, qui pourrait être détaché de l'histoire de Tite-Live, contraste avec le ton général de l'ouvrage.



Alfred Mézières, Étude sur les oeuvres politiques de Paul Paruta, éditions Vve de Goubert, 1853, p. 102 -113

Source du texte: Gallica
Source de l'image: Paolo Paruta par Carletto Caliari (collection du British Museum )