jeudi 8 décembre 2016

Prophétie : Napoléon reviendra dans 2000 ans ! (1928)



PROPHÉTIE

Napoléon reviendra dans 2000 ans !

Pour une nouvelle sensationnelle, c'en est une, mais qui ne se vérifiera pas demain. Un correspondant à Venise d'un journal américain vient de télégraphier à celui-ci qu'il a appris, de la meilleure source, que Napoléon Ier réapparaîtra dans deux mille ans pour conquérir les territoires du pôle Nord. Il précise que ces territoires appartiendront à l'Industrie américaine qui décidément ne se refusera rien.
Ce correspondant bien informé ne cacha pas sa source d'information, il est en relations avec un médium vénitien, le professeur Luigi Belletti, et c'est ce professeur loquace qui lui a révélé, en quelques mots précis, cet avenir lointain.
Nous ne connaissons pas le professeur Luigi Belletti, mais nous avons aussi nos relations parmi les princes de l'occultisme, et l'un de ceux-ci à qui nous disions notre scepticisme sur le retour de Napoléon sur la terre, nous a déclaré :
« Homme de peu de foi, vous êtes incorrigible. Comment pouvez-vous douter de la véracité des affirmations de l'éminent professeur ? Mais le retour de Napoléon n'est pas douteux et à brève échéance...
« A brève échéance ? Deux mille ans, c'est pourtant...
« Deux mille ans ce n'est rien dans l'éternité. Napoléon a affaire ailleurs...
« ” Mais où peut-il bien être ?
Notre interlocuteur nous regarda bien dans les yeux :
«  Etes-yous capable de garder pour vous mes confidences ?
« Certes !
« Eh hien ! Napoléon fait dans Mars ses grandes manoeuvres en vue de la conquête du pôle Nord. Mars est en grande partie, vous ne l'ignorez pas, envahie par la glace. Napoléon étudie la situation et si, depuis quelque temps l'attention des Terriens est si fort attirée par les Martiens, c'est parce qu'ils y a, grâce à Napoléon, des rapports de pensées entre eux. »
Nous quittâmes notre médium en pensant qu'on a toujours tort si l'on veut être initié aux vérités supérieures, d'être un homme de peu de foi.


Anonyme, in La Presse, n° 3487, 24 août 1924

vendredi 2 décembre 2016

Une curieuse conception de M. Payot (1912)

La presse numérisée permet de découvrir l'existence de textes non pas un accès direct mais par citation. Le journal catholique La Croix mentionne ainsi en 1912 un article de Jules Payot, recteur de l'université d'Aix, personnalité anticléricale et très engagée dans le combat laïque. On y découvre les germes d'une anticipation sociale. Reste à trouver le texte d'origine paru dans ce fameux Volume...

Une curieuse conception de M. Payot

Un ami nous écrit:

J'ai découvert, sous la signature de M. Payot, dans le numéro du 28 octobre 1911, du Volume, une description de notre époque qui mérite notre attention. Elle est immédiatement suivie de l'exposé des transformations qui, depuis, se sont réalisées, car .M. Payot suppose qu'un certain M, Sagace, l'homme des Neiges, que nous pouvons pressentir n'être autre que lui-même, est demeuré quatre-vingts années enseveli dans les glaces du Mont-Blanc et qu'il revient à la vie vers l'an 2000. Il est à la fois curieux et intéressant de voir ainsi se réaliser sous la plume du recteur de l'Université d'Aix, l'une des conceptions de son esprit.
Voici d'abord, telle qu'elle est décrite, notre vie en l'année 1911:

« A l'époque où l'homme des Neiges avait, vécu sa première vie, le nombre des neurasthéniques était considérable. La civilisation, purement matérielle, stimulait à l'excès les sentiments individualistes. L'éducation était pénétrée de matérialisme. M. Sagace s'en rendait compte et il en était humilié. Au milieu de la société polie où il vivait maintenant, les souvenirs de la vie d'autrefois lui revenaient en foule. Combien l'isolement y était cruel? Il repassait, dans sa mémoire, sa vie d'étudiant à Paris, dans l'abandon moral et la solitude du cœur, au milieu des camarades également abandonnés. Dans ses divers postes, même impression de solitude.
Les instincts sociaux, on le trompait, sans les satisfaire. La vie sociale n'avait ni ordre, ni force, et le gaspillage était inouï. Les uns s'enfermaient dans des cabarets ou dans des cafés, dépensant chaque jour des sommes appréciables, puisque les cafetiers innombrables de chaque localité vivaient, malgré la concurrence, et que la plupart d'entre eux faisaient fortune. Les gens « plus distingués » avaient leur cercle, où ils dépensaient beaucoup les rares « intellectuels » de la ville y trouvaient quelques revues premier essai, mal venu, d'une coopération pour la vie en commun.
A ces dépenses, formidables au total, s'ajoutaient les dépenses des cafés-concerts, des cinématographes, des théâtres, des conférences, des spectacles de toutes sortes, destinés à tromper le besoin que chacun avait de sortir de son isolement et de se trouver en communion d'idées et de sentiments avec ses semblables.

Après la description de notre époque, voici la conception élaborée par M. Payot:
 
« Aussi, quand un groupe d'hommes et de femmes énergiques entreprirent de fonder une maison commune, furent-ils suivis par beaucoup de gens, heureux d'échapper à leur isolement.
Malgré l'opposition haineuse des cafetiers et des entrepreneurs de spectacles, chacun des adhérents fit le compte de ce qu'il dépensait dans l'année « pour tromper ses besoins sociaux » et il en fit l'avance. On put, avec ces souscriptions, commencer la maison commune. Bibliothèque, modeste d'abord, salles de lecture, salles pour sociétés intimes, jardins d'enfants, belle salle des fêtes, attirèrent peu à peu la majeure partie de la population. Le programme portait qu'on mettrait en commun ce qu'on pouvait avoir de talents et de bonne volonté. Des représentations furent organisées et de véritables aptitudes pour la diction se révélèrent, soirées musicales, lectures, déclamations, se succédèrent d'abord chaque semaine, puis plus souvent. De petites équipes de diseurs, de chanteurs, s'organisèrent. Peu à peu la maison commune prospéra et s'agrandit.
Bientôt, on fit appel à toutes les ressources due l'art. Partout les maisons communes s'élevèrent, comme les cathédrales aux XIIe et XIIIe siècles. Architectes, peintres, sculpteurs rivalisèrent. La beauté artistique de ces maisons qui devinrent partout des palais, expliquait que les maisons particulières fussent si sobres d'objets d'art c'est que chacun mettait son orgueil à enrichir la maison de tous et que chez soi on se contentait de fleurs... »

Est-il besoin d'indiquer qu'il ne nous sera pas nécessaire d'attendre jusqu'à l'an 2000, pour voir partout réalisée, pour peu que nous y mettions un peu de bonne volonté, la conception de M. Payot, il est une maison commune où nous pouvons venir si nous souffrons trop de l'isolement. De cette maison nous devons réapprendre le chemin et nous pouvons, revivant les traditions ancestrales, contribuer à augmenter la richesse ou beauté de sa décoration intérieure.
A côté de l'église, déjà en divers coins de France s'est ouverte la maison familiale avec ces bibliothèques, ces salles diverses, cette mise en commun des bonnes volontés, rêvées par M. Payot.
Naturellement, M. Payot ignore ou feint d'ignorer ces tentatives.
N'était-il pas intéressant de rencontrer un esprit, si hostile nos idées, si près de reconnaître la nécessité d'organisation que nous tâchons de réaliser.

Anonyme, « Une curieuse conception de M. Payot »,
in La Croix n°8852, 27 janvier 1912.

mercredi 30 novembre 2016

[Conférence] La science fiction française des origines à 1950 (Sèvres 2016)

Les Rencontres de l'imaginaire de Sèvres accueillent chaque année des conférences. En 2016 l'une d'elles avait pour thème La science fiction française des origines à 1950.
Les intervenants Francis Saint-Martin, Jean-Luc Boutel, Natacha Vas-Deyres, Joseph Altairac, Brian Stableford débattent pendant plus de 90 minutes. ActuSF a mis en ligne la captation audio:


Pour écouter le débat, cliquez simplement ICI.

vendredi 11 novembre 2016

André Charpentier, Anticipation (1917)



Dès 1917, André Michelin lance une collection de guides touristiques sur les lieux de la Première Guerre Mondiale. Le premier guide a été publié fin 1917 avec le volume Champs de bataille de la Marne I. L'Ourcq, Meaux-Senlis-Chantilly aux éditions Berger-Levrault. La collection éditée entre 1917 et 1921 compte 29 titres en français, 20 en anglais, 4 en italien et 1 en allemand.
André Charpentier, dans une chronique publiée dans Le Canard Enchaîné, imagine, avec humour, pour après la guerre une continuation du conflit par les touristes eux-mêmes... Cette chronique est reprise dans Le Bochofage fin 1917.





Anticipation

« La visite des champs de bataille est déjà organisée. En France, Michelin commence la publication de guides spéciaux. De l'autre côté du Rhin, Baedecker (1) prépare, lui aussi, des guides tendancieux, sous le patronage du grand état-major allemand... »

La paix vient d'être signée.
Immédiatement, de part et d'autre, cependant que les combattants réintègrent leurs foyers, les agences organisent des excursions aux tranchées à l'image des civils avides de respirer, sans danger, l'air glorieux des champs de bataille.
Des quatre points cardinaux, les touristes arrivent pleins breaks, envahissent les secteurs, arpentent les boyaux, dégringolent au fond des sapes, gesticulent sur les parapets. Pour faciliter leur visite, ils se sont munis des guides édités dans leur pays.
Deux groupes d'excursionnistes se rencontrent autour d'un petit poste. Les uns tiennent à la main un guide Michelin, les autres un guide Baeckeder. Cette particularité ne passe pas inaperçue… C'est ici que les patriotes, qui n'ont pu verser leur sang durant la guerre, s'attendent de peid ferme. On s'aperçoit que, la paix conclue, la guerre ne fait que commencer.
Un « Boedecker » après avoir compulsé son guide, explique à ses compagnons :
- C'est ce petit poste dont les Allemands s'emparèrent au début de l'action du 4 novembre…
A cette assertion, un « Michelin » sursaute :
- Pardon, monsieur, interrompt-il, vous commettez une erreur historique : les Français de ce petit poste ont repoussé victorieusement toutes les tentatives boches…
- Je…
Mais, déjà, le Michelin plus nerveux a arraché une motte de terre du parapet et l'a lancée dans la direction du Boedecker. Cette attaque brusquée déclenche les hostilités. La bataille s'engage entre les « Michelin » et les « Boedecker ».
Plus nombreux les Boedecker cernent le petit poste, en chassent les occupants à coups de cannes et de parapluie et gagnent la première ligne. Un Michelin appelle du renfort à l'aide du klaxon d'un poste aux gaz. L'appel est entendu ; les renforts montent. La lutte devient égale, et davantage acharnée.
Les coups de cinéma se succèdent. Un Boedecker reçoit un caillebotis en plein crâne. Un Michelin s'empare d'un Vermorel et asperge ses ennemis d'hypsulfite. Un groupe de belligérants empêtré dans des rouleaux de barbelés et des chevaux de frise pousse d'ignobles jurons. Armé d'un bouthéon (2), un Boedecker distribue plaies et bosses. Quelques Michelin s'étaient réfugiés dans une cagna ; un Boedecker avise une grosse femme, et d'un preste croc-en-jambe l'envoie rouler au fond de la cagna où elle tombe avec la légèreté d'un 420 qui n'éclaterait pas ; on entend les râles des écrasés. Claies, rondins, sacs-à-terre, galions sont autant d'armes et de projectiles entre les mains des combattants.
Quel beau communiqué !
A la nuit, la bataille prend fin. Les Boedecker sont repoussés avec pertes. Les brancardiers ramassent les victimes et les transportent au poste de secours (les agences ont tout prévu). Chaque blessé reçoit une fiche – une fiche d'évacuation où sont marqués les honoraires du médecin.
Contemplant ce spectacle, un ancien poilu, qui a accompagné sa belle-mère dans son expédition et l'a « oubliée » quelque part par là là dans un trou de 380, profère, goguenard :
- C'est bien son tour…


André Charpentier, « Anticipation »,
publié dans Le Canard Enchaîné,
repris dans Le Bochofage (journal de tranchées)
daté du « 16 et 17 novembre et décembre 1917 ».


(1) André Charpentier parle ici du guide Baedeker. L'orthographe varie au cours de l'article. Nous avons conservé les différentes graphies. Nous avons en revanche corrigé les coquilles.

(2) Marmite plate en métal équipant l'armée

jeudi 10 novembre 2016

ArchéoSF aux Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, passez vos commandes !

ArchéoSF sera aux prochaines Rencontres de l'Imaginaire à Sèvres le 26 novembre. Nos livres sont édités à la demande, ce qui signifie que notre stock est relativement limité.
Nous prenons les commandes de celles et ceux qui souhaitent faire l'acquisition d'un volume (ou de plusieurs, ou de tous les livres!) de la collection ArchéoSF à l'occasion de ce salon. Vous pouvez retenir votre ou vos livres en commentaire ou par courriel à l'adresse : archeosf[at]gmail.com.

Le catalogue papier:
- Paris Futurs, anthologie des Paris du Futurs, 180 pages, 13 euros

- Les Ruines de Paris et autres textes, anthologie, 120 pages, 12,50 euros


- Michel Verne, Zigzags à travers la science suivi de Edom/L'éternel Adam, 136 pages, 12,50 euros

- Le Passé à vapeur, anthologie proto-steampunk, préface par Etienne Barillier , 156 pages, 12,50 euros

- Les Autres vies de Napoléon Bonaparte, anthologie d'uchronies et d'histoires secrètes (2 romans, 2 novellas, 1 nouvelle), 720 (!) pages, 29,50 euros


Les tirages spéciaux (non disponibles en librairie):
- Paris Futurs, version fascicule grand format (format A4), 10 euros l'exemplaire.

- Charles Le Goffic, Imaginaire du Trégor, recueil de trois nouvelles (2 fantastiques, 1 anticipation), tirage limité à 50 exemplaires (il en reste quelques-uns), 6 euros.


Tous les livres du catalogue papier & numérique, hormis les tirages spéciaux, sont disponibles sur le site de Publie.net 

mercredi 9 novembre 2016

Henri Monier, Aux temps préhistoriques (1930)

La projection dans le futur sert souvent à se moquer des travers de l'époque, il est en de même avec la projection dans le passé préhistorique. C'est ainsi que Henri Monier (1901 - 1959) parle de l'actualité en imaginant une scène venue des temps éloignés...



H. Monier, "Aux temps préhistoriques", Paris-Soir, n° 2409, daté du 11 mai 1930.